16 décembre 2005
Decere à Strasbourg
Decere… C’est ainsi que se désigne l’association fondée à Strasbourg par le diocèse et les frères et qui se propose, en terre d’Alsace, de porter le souci de la construction européenne comme une exigence pour la mission de l’Eglise. Decere : Démocratie, Construction européenne et Religions. En deçà des processus qui organisent l’Europe, et en dialogue avec eux, prendre le temps de comprendre comment les religions peuvent, pour leur part, contribuer à établir et renforcer le lien entre les gens. Les convictions religieuses sont parfois perçues d’abord dans leurs différences, voire leur opposition. Mais elles sont aussi et surtout ce qui, dans l’expérience concrète de la vie, conduit l’homme sur un chemin de vérité, sur lui-même, sur ce qui lie son destin à celui de tous ses semblables, sur l’horizon d’espérance soutenable par tous, à condition qu’il renonce à posséder de manière exclusive la vérité. Elles sont aussi ce qui donne souffle quand on pourrait être tenté de perdre cœur. Donner place aux convictions religieuses dans l’espérance européenne, c’est donner chance, aussi, à l’humble hospitalité des uns par les autres, en reconnaissant la valeur des expériences concrètes des habitants de l’Europe qui veulent apprendre à vivre ensemble la paix dans le respect mutuel qui fait grandir chacun.
Se lancer dans une telle aventure, en terre d’Alsace, c’est s’inscrire dans l’héritage de celles et ceux qui, résistant aux fractures qu’on aurait pu croire définitives, ont cru à la réconciliation et à la fécondité de l’engagement de tout humain de bonne volonté pour la paix et la justice. Depuis, en cette région, bien des expériences de rencontres, de dialogue, de réconciliation, témoignent qu’on avait bien raison de croire en l’improbable paix. Faire place à ces expériences, pour donner chair à des débats parfois bien théoriques.
L’association en est à ses tout premiers balbutiements, certes, et c’est avec modestie qu’elle se développera. Comme le grain qui germe, si Dieu veut !
Ces deux jours passés à Strasbourg m’ont donné aussi la joie de rencontrer les novices. Un noviciat « européen », précisément, puisque s’y retrouvent des frères de Suède, de Norvège, de Belgique et de France. Aux temps de sa fondation, l’Ordre fut très vite européen. Signe des temps ?
