26 avril 2006
Justice et paix
Ces derniers jours, les prieurs provinciaux européens tenaient leur
rencontre annuelle à Dubrovnik, l'un des lieux où la présence des frères
prêcheurs est ininterrompue depuis la fondation de l'Ordre. Si l'auteur de
ce blog était plus habile techniquement, vous pourriez voir une photo des
lieux, splendides.
L'une des questions à l'ordre du jour était la promotion pour la justice et
pour la paix dans la mission de l'Ordre. Cette question suscite toujours
d'intenses débats. On pourrait craindre que cela signale un désintérêt de la
part de certains, ou une emphase idéologique de la part d'autres, mais je
crois qu'il n'en est rien. Il n'est qu'à voir la place que ce souci pour la
justice et la paix tient dans l'engagement de beaucoup de frères. En
revanche, la vivacité des débats signale peut-être une sorte de mmalaise. En
effet, depuis plusieurs décennies maintenant, on déclare dans l'Eglise que
l'engagement pour la transformation du monde, pour la justice et pour la
paix sont partie intégrante de l'annonce de l'Evangile. Mais, précisément,
si cela est tellement essentiel, comment se fait-il qu'il faille encore
promouvoir le souci de la justice ?
Peut-être est-ce signe d'humble prudence de la part de l'Eglise. Son
histoire, les dérives graves à tel ou tel moment, lui ont appris combien il
est possible à une institution de se trouver, sans l'avoir voulu de manière
argumentée, du côté des puissants plutôt que de celui des humiliés par les
puissants. La dichotomie est trop caricaturale, bien sûr. Mais elle désigne
tout de même un risque auquel il n'est pas si facile d'échapper.
Porter le souci de la promotion de la justice et de la paix revient alors à
se donner les moyens de ne pas se laisser aveugler, à être hanté par le
souci que justice soit faite à la dignité de chaque homme, de chaque peuple.
Et un tel rappel peut déranger, ou encore inviter à des choix radicaux peu
confortables.
Et l'enjeu de tout cela n'est pas d'abord moral, mais plus simplement
évangélique.

